Histoire

 

Un
peu d’histoire

Gérard NIQUET & François JOUSSET

Au
carrefour des cultures



Par sa position géographique aux confins du pays des Carnutes, des Sénonais et des Parisis, Etampes a toujours été une zone d’échange et de confrontation des cultures et l’objet de toutes les convoitises des Gaulois aux Carolingiens. Située au croisement de deux grands axes : axe royal nord-sud entre Paris et Orléans et axe religieux est-ouest entre Sens et Chartres, la ville s’est trouvée au coeur du domaine capétien, en un point stratégique.
Le nom de « CASTELLVM STAMPIS  » (château d’Etampes) relevé sur le monnayage de Raoul (1), atteste la présence d’un château dès le Xème siècle. Les rois apprécient notre vallée, leurs séjours, fréquents, sont certifiés par les nombreux actes passés à Etampes, de Robert le pieux à Louis VII. Robert y fait Èdifier la collégiale Notre-Dame puis l’église Saint-Basile. 
Son épouse, la reine Constance y fait construire un palais, dit palais du séjour ou des quatre tours, dans la ville basse, à l’emplacement de l’actuel palais de justice. Cette partie de la ville prend alors le nom d’Etampes-le-Châtel ou encore Etampes-les-Nouvelles par opposition à Etampes-les-Vieilles (Quartier Saint-Martin).


Domaine royal Carolingiens/Robertiens – Raoul
(923- 936) Denier d’Etampes- CRATIA D-I REX R/XSTAMPIS CATELLI Collection
GÈrard Niquet .


Naissait
le château royal d’Etampes

Le donjon dominant la cité, actuelle tour de Guinette, est érigé entre 1130 et 1150 . Louis VII en serait donc le commanditaire, répondant au besoin d’imposer son autorité à des seigneurs belliqueux et de protéger le domaine royal. Aux prises avec les comtes de Blois, il y développa également le commerce en instituant la foire Saint-Michel à l’instar des foires de Champagne créées par Thibaut IV dont il épousa la fille. Philippe Auguste fait construire dans la fin du XIIème siècle une première enceinte carrée flanquée de quatre tours. Un pont ou une passerelle reliait alors le donjon au sommet de cette « chemise « , ce qui en sécurisait l’accès. Une deuxième enceinte carrée, Egalement flanquée de quatre tours, fut ajoutée. Une dernière enceinte aux lignes brisées adaptée au terrain naturel et à ses déclivités terminait l’ouvrage.
Outre les fortifications dont nous venons de parler, diverses constructions ont occupé l’espace pour le rendre habitable. Pour fantaisiste qu’elle soit, la miniature des très riches heures du duc de Berry (1410-1415) montre à l’évidence une multitude de bâtiments adossés aux enceintes ou disposés entre elles.



Une des Colonnes du deuxième étage du donjon.

C’est par comparaison avec des colonnes semblables
sur la cathédrale de chartres et la basilique de Saint Denis

que MM. Pierre ELIOT et Pierre ROUSSEAU ont
pu dater avec précision le donjon d’Etampes.


Un
plan original


L’extrême rareté de la forme quadrilobée du donjon d’Etampes (encadré) fait de cet Èdifice un monument exceptionnel et irremplaçable du patrimoine français. Elle n’a pas manqué de susciter l’intérêt des historiens qui ont développé bien des hypothèses pour expliquer une architecture si particulière. Viollet le Duc, dans son encyclopédie médiévale considère le type à « quatre-feuilles » comme un stade intermédiaire d’évolution entre les plans carrés du XI ème et début XII ème devenu
trop vulnérables aux engins de guerre par leurs angles, et les donjons cylindriques dont on équipera les châteaux des XIII et XIV ème siècles.
On trouvait donc par cette copénétration de quatre cylindres d’environ sept mètres de rayon le moyen d’obtenir un flanquement renforcé, et une emprise globale de plus de vingt mètres. La simple observation de l’Èdifice nous apporte une autre raison architecturale à ce plan.
En effet on peut comprendre que la forme choisie, pour une taille si imposante et peu commune, permettait de réduire la portée des voûtes aux différents étages et des poutres supportant la toiture.
Les raisons militaires évoquant la possibilité de nourrir des tirs croisés dans les angles rentrant des lobes ne tiennent pas. Il suffit pour s’en convaincre de visiter les lieux et de constater que la disposition des meurtrières rend la défense du donjon extrêmement difficile. Il faut surtout considérer que par sa position, aux limites
du domaine royal et dominant la vallée d’Etampes, sa forme rare et sa taille imposante, La tour d’Etampes est un symbole significatif de la puissance et de l’autorité royale.



Plan du premier étage du donjon.
Dessin de Léon
Marquis.


Des
témoignages précieux

Au XVème siècle Le dernier grand duc de Bourgogne de la dynastie des Valois pourtant habitué au luxe de ses palais appréciait le Château d’Etampes. Philippe de Commynes nous rapporte dans ses « Mémoires », que le 19 juillet 1465, au lendemain de la bataille de Montlhéry, Charles le Téméraire, s’installe à Etampes « qui est bon et grand logis et en bon pays fertile ». Il séjourne dans les lieux jusqu’au 31 juillet avec ses 6000 hommes de troupe.
Au XVIème siècle Une évaluation de 1543, nous donne une idée précise des bâtiments présents à cette époque. Le château est alors entouré de « fossés à fond de cuve ». En rentrant par la porte donnant sur la ville au sud-est de l’édifice « on découvre d’abord un gros pavillon de quatre toises de longueur et seize pieds et demi de large (env. 8 m sur 5.4 m) dans loeuvre, qui lui servait de porte et d’entrée;  
il y avait trois grand corps de logis ; l’un de neuf toises de long et de quatre de large (18 m sur 8 m) joint au rez-de-chaussée à une salle et à une chapelle dédiée à l’honneur de Saint-Laurent martyr; le second avait treize toises et demie de longueur, trois et demie de largeur (26 m sur 7 m) ; et le troisième huit de long et cinq de large (16 m sur 10 m) ; le tout dans loeuvre, accompagné de trois grands escaliers couverts en pavillon, et de plusieurs bâtiments pour le service et la commodité du lieu. Il y avait une belle galerie de douze toises de long sur deux de large (24 m sur 4 m) ayant ses vues sur la ville et un escalier particulier pour y monter, et une plate-forme au bout qui avait douze toises de long et six et demie de large (24 m sur 13 m), garnie de gros murs en trois sens tout autour enfin il y avait trois tourelles sur le devant pour contrebouter la masse des terres. Cette plate-forme servait de batterie pour la défense du château et aussi pour voir avec plaisir
la ville, la prairie et la campagne voisine. A milieu de tous ces édifices (entre la première et seconde enceinte) était une cour de vingt et une toises de long sur quatorze de large (42 m sur 28 m), dans laquelle était un puits de pierre de taille de vingt-cinq toises de profondeur (50 m) et de quatre de diamètre couvert en pavillon (1,4 m environ), et tout auprès une grosse tour servant de donjon, faite en forme de vase à quatre feuilles dans laquelle était un escalier en forme de pied droit pour monter aux étages d’en haut de cette tour ; au-dessus de laquelle s’élevait une tourelle en forme d’échauguette ou guérite pour découvrir les oeuvres et les environs du château, il y avait un puits dans le bas qui montait jusqu’au premier étage. Tous ces édifices étaient couverts d’ardoise et de plomb, garnis de roses de fleurons et d’autres embellissements dont il ne reste aujourd’hui qu’une partie du donjon  » On peut seulement déplorer qu’aucune indication sur la hauteur des bâtiments ou sur le nombre d’étages ressorte de cette évaluation. Le rapprochement avec la miniature des Très Riches Heures a toutefois permis plusieurs restitutions .

Plan du château d’Etampes. restitution
de léon Marquis.


l’architecte Philippe Moreau, présentait en 1995, un travail
de reconstitution faisant appel à l’informatique.


Une
prison « Royale »


Forteresse ou symbole royal, le château d’Etampes devait aussi jouer le rôle beaucoup moins prestigieux de prison. L’histoire nous a laissé le souvenir de quelques prisonniers de marque comme le comte de Leicester que Philippe-Auguste fit prisonnier en Normandie ou encore, Ingeburge, reine de France et épouse de ce même roi.
Souvent contée par les historiens locaux (4) du 19ème siècle et même plus récemment par Régine Pernoud et Geneviève de Cant (5), l’histoire de cette infortunée reine nous est particulièrement bien connue grâce aux chroniques ( voir l’encadré ci contre) mais aussi par les Èchanges de courriers entre le Pape, Philippe-Auguste et Ingeburge ainsi que par les conciles auxquels cette affaire a donné lieu.

Dans un moyen-âge où les femmes sont le plus souvent des pions, et le mariage, le moyen de réunir des maisons ou de conclure des alliances, Philippe-Auguste, aux prises avec l’Angleterre cherche une union avec le Danemark. C’est sans doute cette nécessité, bien plus que la réputation de grande beauté de la princesse qui dictera son choix. Fille de Valdemar et soeur de Canut VI, la jeune princesse de 18 ans Èpouse le roi de France le 14 août 1193 à Amiens. La nuit de noces qui suit scellera le destin de la jeune femme. En déchiffrant le langage des chroniqueurs, on peu comprendre que le roi ne put « consommer  » le mariage et prit de ce fait sa femme en horreur. Cet incident qui peut aujourd’hui nous faire sourire, est difficilement concevable pour un homme du moyen-âge et à plus forte raison pour un roi.
De plus, la religion, tout aussi présente que la superstition, a tôt fait d’associer le diable à des évènements ou des phénomènes mal connus. Philippe-Auguste voit-il en Ingeburge une sorcière ? Toujours est-il qu’il prend immédiatement ses distances avant de décider de la répudier. C’est la brièveté de cette union qui fera dire qu’Ingeburge fut répudiée  » au lendemain de ses noces  »

Guillaume
Mennier : Châtelain puis bailli d’Etampes. Guillaume Mennier semble avoir été un personnage d’une certaine importance à la cour de Philippe-Auguste. Son existence nous est connue par de nombreux actes figurant dans le catalogue des actes de Philippe-Auguste ( L.Delisle Bibliothèque nationale) mais aussi par la matrice de son sceau en parfait état découverte à étréchy en 1866. Cette pièce est d’une grande rareté, la coutume Ètant, au moyen-âge, de le casser (on disait canceller) afin d’éviter toute fraude. Cette matrice est conservée au musée d’Etampes, on peut également voir le sceau de Guillaume Mennier dans un module plus petit (5cm) au département de sigillographie des archives nationales à Paris.

L’acte n’est pas sans consÈquence, répudier la reine c’est détruire l’alliance entre la France et le Danemark et offenser gravement le roi Canut VI ; Or, Philippe a besoin de cette alliance pour combattre l’Angleterre. Ce sont tous ses plans qui sont bouleversés et l’on conçoit aisément qu’une telle décision ne se prend pas sur un coup de tête. Il est aussi probable que ses conseillers ont tenté de le dissuader, l’intérêt politique devant prévaloir sur les sentiments du roi. Il faut donc croire que l’aversion de Philippe-Auguste était insurmontable pour justifier une telle décision. Pour parvenir à ses fins, le roi réunit un concile de barons et d’évêques que l’on pourrait qualifier de  » bien intentionnés  » à son égard et invoque une pseudo parenté pour annuler son mariage. L’histoire aurait pu s’arrêter là et Ingeburge rentrer dans son pays, l’honneur en moins, mais libre. On a souvent présenté Ingeburge comme une pauvre victime, subissant son sort avec résignation ; il n’en est rien ! Comme Philippe-Auguste, Ingeburge a un caractère fort, elle est prête à défendre son honneur coûte que coûte, elle refuse l’annulation de son mariage et fait appel au pape CÈlestin III qui prendra mollement sa défense, mais reconnaîtra au moins à Ingeburge sa place d’épouse et de reine et interdira à Philippe-Auguste de conclure une nouvelle union. Son successeur, Innocent III, sera plus actif dans la défense de la reine. Après maintes tentatives de faire entendre raison au roi, il ira jusqu’à jeter l’interdit sur le domaine royal. Terrible décision pour le peuple des fidèles qui ne fera cependant pas plier le roi, bien au contraire, il enrage ! se venge sur le clergé qui ne lui est pas soumis et resserre les conditions de détention de la reine qui est enfermée dans le château d’Etampes, nous sommes alors en 1200. Si dans une lettre qu’elle écrit au pape en 1203 Ingeburge se plaint des ses conditions de détention, il est probable qu’elle bénéficie tout de même de la part de ses geôliers d’égards en raison de son rang et c’est peut-être pour avoir tissé des liens de confiance avec Guillaume Mennier (6), alors châtelain d’Etampes, qu’elle fera de celui-ci l’un de ses exécuteurs testamentaires. Faisant mine de céder, Philippe-Auguste renvoie Agnès de Méranie , la femme qui avait remplacée Ingeburge sinon dans le rôle de reine du moins dans celui d’épouse ; l’interdit est levé mais aussitôt,
le roi demande à nouveau l’annulation de son mariage. Ni la mort d’Agnès , ni la légitimation de ses enfants n’entament la détermination du roi à l’Ègard d’Ingeburge. De soumission apparente en tentative de faire aboutir son divorce, Philippe-Auguste maintiendra Ingeburge enfermée jusque en 1213 , date à laquelle
elle retrouve sa place légitime auprès du roi. Elle aura donc passé au total vingt ans en captivité dont douze au château d’Etampes. Après la mort de Philippe-Auguste en 1223, elle consacre son héritage à la fondation du prieuré de Saint-Jean en l’Isle (7) près de Corbeil où elle se retire. Elle s’y éteindra le 29 juillet 1236 et y sera inhumée. 

 

Les trois principaux sièges que devaient subir la ville et le château d’Etampes ont marqué le déclin de cette forteresse. Le premier, en 1411, fut sans doute celui qui affecta le plus le château dans sa magnificence et son rôle militaire de protection de la ville.



Le château assiégé


La guerre de Cent Ans et le siège de 1411 :

La guerre de Cent Ans marque sans aucun doute l’apogée du château d’Etampes, comme le montre la miniature des « Très riches heures » du duc de Berry au début du XV ème siècle. Le comté et la châtellenie d’Etampes appartiennent à Louis II d’Evreux, lorsque le 16 janvier 1358 des troupes anglaises en garnison à Méréville s’emparent de la ville, qui est immédiatement reprise par les troupes du dauphin Charles, futur Charles V, mais elle est sans cesse menacée par les occupants jusqu’à la fin de son règne. Jean de Berry qui reçoit en héritage le ch‚teau et le comté d’Etampes, en fait don le 28 janvier 1387, à son frère Philippe le Hardi, prince apanagiste du duché de Bourgogne. Confirmé avec celui de Dourdan et de Gien, le 28 juin 1399, ce don, prévoit que l’héritier de Philippe, n’en prendra possession qu’après la mort du généreux oncle de Berry sans postérité. Le duc de Bourgogne décède le 27 avril 1404 et très rapidement éclate une guerre civile entre les Bourguignons et les Armagnacs conduisant le nouveau duc Jean sans Peur à faire assassiner son cousin, Louis duc d’Orléans en 1407 à Paris. Ecarté de ce fait de la succession du comté d’Etampes au profit de Charles d’Orléans, Jean n’aura de cesse
de reprendre la ville et le château à la garnison commandée par Bois-redon (Encore nommé Bois Bourdon ou Loys de Bourdon).

Détail d’un vitrail du château de Dourdan aux armes de Jean sans peur

Le 23 novembre 1411 Jean sans Peur accompagné : du dauphin, futur Charles VII, du duc d’Aquitaine, des comtes de Nevers, de la Marche, de Penthièvre et de Vendôme quitte Paris pour mettre Etampes et Dourdan à son obéissance. Un siËge commence où seul les engins de guerre puissants et le minage d’une entrée permettent l’ouverture d’une brèche dans les trois enceintes du château. Des bâtiments sont incendiés mais les Armagnacs se réfugient dans le donjon. Ce n’est que le 15 dÈcembre que grâce à la fabrication d’un plan incliné les mettant à l’abri des projectiles les assaillants s’introduisent dans la tour. Bois-redon se rend et obtient une grâce momentanée. Nommé en 1417, grand maître d’hôtel de la reine Isabeau de Bavière, et soupçonné d’être son amant, il est jeté dans la Seine, en un sac cousu et marqué, comme d’usage, de cette indication : « Laissez passer la justice du roi ».


Le
siège du château d’Etampes en 1411 vu par
Léon Marquis
On trouve dans les chroniques d’Enguerran de Monstrelet qui couvrent tout le XV ème siècle le récit de la prise du château d’Etampes en 1411:  » & pource fut sans delay ordonnÈ que ledit chastel seroit de toutes parts environné. Et pour lors estoit dedans un prisonnier : c’est à savoir
le seigneur de Ront, lequel avait testé un petit devant rencontré et prins par le dessusdit Bourdon. Et atoniques furent dressez et assis plusieurs engins contre ledit chastel, lesquels en plusieurs & divers lieux le dérompirent & dommagèrent : & avecques ce furent mis grand quantité
d’ouvriers en oeuvre à miner par dessoubs les terres d’icelle forteresse. Et tant y fut continué que les assiégez voyans qu’ils estoient en péril d’entre prins de force , commencèrent à parlementer, & finalement par le moyen dudit seigneur de Ront se rendirent en la voulant dudit Duc d’acquitaine : & par ainsi fut icelui Loys Bourdon et aucus autres Gentils-hommes envoyez à Paris dedans Chastelet  »

De la renaissance aux guerres de Religion


Au sortir du Moyen-âge Etampes, protégée par ses remparts et ses huit portes de ville, profite de l’épanouissement architectural de la renaissance. Son vieux château féodal n’attire plus beaucoup, pourtant Léon Marquis nous rapporte qu’Anne de Bretagne et Claude de France y trouvent le séjour agréable en 1513 et 1516. L’érection du comté en duché le 28 janvier 1536 prouve l’intérêt que les Valois portent à cette ville, étape de leurs nombreux déplacements en Val de Loire. L’inventaire qui est fait du ch‚teau en 1543 décrit bien l’ensemble des bâtiments encore présents, et cette forteresse va subir ainsi que la ville fortifiée, plusieurs sièges au cours des guerres de religion.

1562 – 1563 : Condé, prince de la R.P.R., « Religion Prétendue Réformée », ainsi l’appelait-on, s’oppose à Charles IX et parcourt le royaume à la conquête des villes proches de Paris. Venant d’Orléans en août 1562, à la tête d’une puissante armée, il prend Pithiviers, puis se trouve devant Etampes le 13 novembre.

La ville sans garnison depuis le matin se rend sans résistance. Dom Fleureau nous dit « Le Prince laissa à Estampes une forte garnison, laquelle exerça pendant six semaines qu’elle y demeura, des impiétez, & des cruautés incroyables particulièrement sur les personnes Ecclésiastiques ». Si notre château n’a pas eu à souffrir de cette occupation, nous pouvons encore voir sur nos églises les stigmates de ces exactions. Le deux janvier 1563 la ville, abandonnée rapidement par la garnison qui l’avait saccagée, est reprise par les troupes royales. 1567 – 1568 : En octobre 1567 les troupes huguenotes du prince de Condé et de l’amiral de Châtillon projettent d’affamer Paris où s’est retiré le roi.

Les Etampois craignant une nouvelle prise de leur ville ordonnent huit corps de garde de bourgeois aux portes de ville et un au château. Malgré des renforts envoyés par Charles IX et le courage des habitants la ville est sommée de se rendre le vendredi 17 octobre. Sur le refus des assiégés
elle est prise par escalade par les troupes du comte de Montgommery. Dans le château conquis à son tour il laisse une compagnie d’arquebusiers « pour tenir en surjection tout le voisinage ». Le roi vainqueur des « Religionnaires » le 9 novembre se hâte de leur reprendre les places des environs de Paris. Etampes est libérée de ses occupants le 16 novembre et dans le château abandonné par l’armée protestante le
capitaine Saint Martin installe une garnison « pour le conserver au Roy, & empêcher qu’il ne fût repris ». Notre château est toujours au centre du système défensif de la ville, mais les derniers événements en font consolider encore les fortifications en février 1568 et obtenir le soutient de huit régiments de Gascons.

1589

– A la suite des Etats Généraux de Blois et de l’assassinat du duc de Guise, intransigeant à vouloir faire ratifier un édit interdisant l’accès au trône aux protestants, pour en récolter lui-même le bénéfice, les princes de la Ligue se révoltent, entraînant avec eux de nombreuses villes.
Etampes leur semble être une place clef dans leur rébellion contre le roi et les protestants. Les populations sont indécises et le clergé favorable aux Ligueurs qui y installent donc sans heurt une garnison. Mais Henri III et Henri de Navarre s’allient et à la tête d’une puissante armée, reprennent Jargeau et Pithiviers avant d’arriver devant Etampes où ils font dresser deux batteries, « l’une sur la colline opposée au Château du côté de Paris, pour renverser la courtine qui le couvroit, & l’autre contre le bout de la ville du côté d’Orléans, où il y eut bientôt une brèche suffisante de sorte que l’assaut y ayant été donné, la place fut emportée
le 23. Jour de Juin après quoi le Château se rendit.  » La ville est ensuite laissÈe aux soldats qui la pillent trois jours durant. En juillet le roi envoie trois compagnies pour y tenir garnison et réparer la brèche. Henri IV arrive sur le trône de France en août 1589, après l’assassinat
d’Henri III, mais la Ligue n’en qui n’a pas encore « décousu » reprend immédiatement Etampes et son château. Le roi ayant refait ses forces et fait jouer ses alliances reprend la ville le 4 novembre. Les assiégés se rendent sans résistance.
« L’expÈrience du passé avait fait connoître à ceux d’Estampes que le Château de leur ville était la cause de sa perte, & de leur ruine : il demandèrent au Roy la permission de le démolir, qu’il leur accorda, & il l’exécutèrent aussitôt eux-mêmes ». Henri IV alla encore plus loin en faisant ruiner les fortifications. De ce jour la ville a pu rester neutre.
Mais Ètait-ce bien fini ?

La Fronde


C’est durant la fronde qu’Etampes devait subir le siège le plus dévastateur de son histoire. Démantelé depuis Henri IV, le château n’y jouera qu’un rôle secondaire. L’armée des princes (c’est à dire des frondeurs) commandée par le comte de Tavannes pénètre dans Etampes le 23 avril 1652, ce sont plus de 9000 hommes qui investissent alors la ville. Pour surveiller les environs et d’éventuels mouvements de troupes, on place un guetteur au sommet de l’ancien donjon ainsi transformé en vulgaire tour de guet. Le maréchal de Turent arrivé  à la tête des troupes royales y fera tirer quelques coups de canon, en pure perte, la vieille tour est encore solide et l’enjeu bien trop faible.

S’ils délaissent le château, désormais inutilisable d’un point de vue militaire, les assiégés renforcent considérablement les fortifications de la ville, rasent les maisons situées trop près des remparts et tiennent ainsi en échec l’armée du roi pendant un mois et demi. La ville résiste ! elle résiste même très bien malgré les violents assauts tentés par Turenne comme en témoignent les mazarinades qui circulent alors à Paris même s’il faut évidemment relativiser la valeur de ces propos partisans :

or les soldats des deux parties falsifient parroiste leur valeur, ou lls estoient animez par le courage de leurs chefs :mais si il a testé bien attaque, encore mieux défendu. Les assiégez avant fait un feu continuel, s’estant servis outre leurs armes ordonnaires de huit cens faux emmanchées à l’envers qui ont fait une horrible boucherie de tout ce nul s’est rencontré devant eux, & a mesme-temps du dernier assaut le comte de Tavanne
estant sorty avec huict cens chevaux Il a chargé les ennemis par derrière si ‚ propos que toute l’Infanterie de l’armée mazarlne. Il n’est reste que douze cens hommes,la plupart blessez, en restant demeuré sur la place près de trois mil cinq Cens

 

Le coup de grâce


La révolution arrive avec son lot de marchands, spéculateurs et affairistes de tous poils. Les biens saisis sont vendus à des gens souvent dépourvus de scrupules. La tour de Guinette en fera les frais : le terrain sur lequel elle est située est vendu par l’intermédiaire d’un prête-nom comme bien national à l’homme qui en avait fait lui-même l’estimation, .. . excusez du peu ! Bizarrement, la tour n’est pas concernée par cette vente ce qui n’empêchera pas l’acquéreur, après avoir rasé ce qui restait des bâtiments, de s’attaquer à ses plus belles pierres et de la transformer en carrière à ciel ouvert. Seule la difficulté d’exploiter le site et le danger que représente cette masse de pierres instable, lézardée et menaçant par endroits de s’écrouler lui fera abandonner son activité illicite. Ce qui reste de la tour est alors abandonné jusqu’à la Restauration.